Home page  |  About this library  |  Help  |  Clear       English  |  French  |  Spanish  
Expand Document
Expand Chapter
Full TOC
Preferences
to previous section to next section

close this bookManuel d'Utilisation des Désinfectants dans les Situations de Refugiés - Principes Directeurs du HCR pour le Choix et l'Utilisation des Desinfectants (HCNUR; 1994; 66 pages) [EN]
View the documentI - Introduction
View the documentII - Définitions
open this folder and view contentsIII - Identification des besoins
View the documentIV - Proposition d'une liste limitée de désinfectants
open this folder and view contentsV - Schéma d'utilisation des produits sélectionnés
open this folder and view contentsVI - Fiches d'utilisation des principaux désinfectants
open this folder and view contentsVII - Fiches techniques de mise en pratique de la désinfection
close this folderVIII - Annexes
View the documentPrincipaux désinfectants: argumentation de leur sélection ou de leur rejet pour l'utilisation dans les conditions particulières des situations de réfugiés
View the documentTableau comparatif de prix de différents désinfectants
View the documentIX - Bibliographie
 

Principaux désinfectants: argumentation de leur sélection ou de leur rejet pour l'utilisation dans les conditions particulières des situations de réfugiés

ALCOOLS

L'éthanol (alcool éthylique) et l’isopropanol (alcool isopropylique) peuvent être intéressants au niveau de dispensaires ou d'hôpitaux pour la désinfection de la peau saine (mains, site de ponction...), ou comme solvant d'autres antiseptiques dont ils augmentent l'efficacité.

Mais ils ont trop d'inconvénients et trop peu d'avantages pour justifier leur place dans les situations de réfugiés. Ils sont chers, leurs indications sont très limitées et ils sont soumis à des règles très strictes pour le transport aérien, ce qui rend leur prix sur le terrain tout à fait prohibitif (voir tableau de comparaison de prix, annexe B). De plus, l'importation d'éthanol et son transport sont généralement soumis à des formalités très contraignantes.

ALDÉHYDES

Formaline (Formol)

La formaline ou formol (solution aqueuse de formaldéhyde) est un désinfectant très puissant mais dont les possibilités d'utilisation sont très limitées en raison de son caractère toxique et très irritant.

Paraformaldéhyde (trioxyméthylène) et Aldhylène®

Le paraformaldéhyde est un polymère solide de formaldéhyde utilisé fréquemment sous forme de comprimés de "formol" pour la stérilisation de fortune des instruments.

L'Aldhylène® est une solution méthanolique de formaldéhyde qui s'utilise de la même manière que les comprimés de "formol" (dans une boîte hermétique pendant plusieurs heures avec les instruments à "stériliser"). Les comprimés de formol et l'Aldhylène® agissent par le formaldéhyde gazeux qu'ils libèrent.

Ces procédés de "stérilisation" doivent cependant être abandonnés car ils ne sont pas complètement fiables.

Glutaraldéhyde

Le glutaraldéhyde est commercialisé sous forme de solutions qui permettent une véritable stérilisation du matériel médical par trempage, mais ce produit a des indications trop limitées, est trop cher et nécessite trop de précautions de manipulation pour être intéressant sur le terrain.

AMMONIUMS QUATERNAIRES

Les ammoniums quaternaires sont des composés qui possèdent des propriétés désinfectantes et détergentes. Ils forment des solutions aqueuses moussantes.

Les principaux sont:

 

- le chlorure de benzalkonium,
- le cétrimide: bromure de cétyltriméthylammonium (Cetavlon®),
- le chlorure de cétylpyridinium.

Comme désinfectants, les ammoniums quaternaires ne sont pas très intéressants car ils sont peu actifs ou inactifs sur de nombreux germes. De plus, leurs solutions aqueuses diluées pour l'emploi sont très facilement et très fréquemment contaminées et colonisées par des germes pathogènes dont le redoutable Pseudomonas aeruginosa (pyocyanique).

En raison de cet inconvénient majeur, en plus de leur faible efficacité, les ammoniums quaternaires doivent être exclus.

Remarque

Ils sont plus intéressants sous forme d'associations avec d'autres antiseptiques auxquels ils apportent des propriétés détergentes très utiles pour le nettoyage des objets ou plaies très souillés (cf. fiche "Chlorhexidine + cétrimide").

Une fiche d'utilisation du cétrimide est incluse dans ce manuel car ce produit se rencontre fréquemment sur le terrain.

CHAUX

Le terme chaux regroupe différentes variétés dont:

 

- La chaux vive (quicklime) ou oxyde de calcium (CaO).
- La chaux éteinte (slaked lime) ou chaux hydratée ou hydroxide de calcium (Ca(OH)2).

La chaux vive se transforme en chaux éteinte par absorption d'eau (la transformation se fait lentement au contact de l'humidité de l'air ou vivement avec un fort dégagement de chaleur si la chaux vive est mise en contact avec de l'eau).

On utilise parfois la chaux sous forme de lait de chaux (suspension d'hydroxyde de calcium dans l'eau, obtenue à partir de chaux vive ou de chaux éteinte). Le pH alcalin (11-12) de cette suspension est responsable de propriétés désinfectantes, mais le lait de chaux agit très lentement. Il est peu ou pas actif sur certains germes et il laisse un important dépôt blanc pulvérulent. Son seul intérêt réel est le blanchissement des murs.

Sous forme sèche, la chaux est souvent employée pour ses propriétés "désinfectantes", mais ce pouvoir est très souvent surestimé (notamment dans son utilisation sur les excreta). Elle est surtout intéressante pour d'autres propriétés: répandue en quantité suffisante sur des matières organiques en décomposition, elle empêche le dégagement d'odeurs nauséabondes (en réduisant les processus de putréfaction et en absorbant les gaz formés) et elle évite la pullulation des insectes et autres animaux (rongeurs, charognards...). Les animaux ne sont plus attirés par les odeurs et sont repoussés par la chaux (notamment les mouches).

Pour ces propriétés, la chaux peut constituer un produit très utile dans les cas d'urgence où les circonstances ne permettent pas l'enfouissement ou l'incinération des cadavres. Dans une situation de réfugiés, de telles circonstances sont exceptionnelles. Il faut remarquer que la chaux ne remplace pas l'enfouissement, mais permet de le différer ou d'utiliser une couche de terre moindre.

Si elle est disponible dans le pays, elle peut être utilisée sur les dépôts d'ordures ou sur les excreta (pour réduire les odeurs et les mouches), mais des solutions moins "chimiques" sont préférables (recouvrement avec de la terre, utilisation de latrines ventilées équipées de piège à mouches...). Son importation pour ces utilisations doit être exclue.

Au point de vue de l'efficacité, on peut utiliser indifféremment la chaux vive ou la chaux éteinte (in situ la chaux vive se transforme en chaux éteinte et c'est le pH alcalin qui est responsable de l'action et non la chaleur dégagée lors de la transformation). La chaux vive est moins chère, moins volumineuse pour le même poids et il en faut 25 % de moins pour la même action, mais elle nécessite plus de précautions lors des manipulations.

Une fiche d'utilisation de la chaux est donnée dans le chapitre VI.

ATTENTION:

 

- La chaux "hydraulique" ne convient pas. C'est une chaux qui contient des silicates et des aluminates de calcium et qui durcit au contact de l'eau. Elle sert uniquement de mortier pour la construction.

- Le chlorure de chaux est un produit générateur de chlore (voir ci-après). Ses indications sont celles des désinfectants chlorés et non celles de la chaux.

CHLORE (PRODUITS GÉNÉRATEURS DE)

Les principaux désinfectants générateurs de chlore actif sont:

 

- l'hypochlorite de calcium,
- le chlorure de chaux,
- les solutions d'hypochlorite de sodium (eau de Javel®, Milton®...),
- la chloramine T = tosylchloramide sodique,
- les cyanurates chlorés (dichloro-isocyanurate de sodium et acide trichloro-isocyanurique).

Tous ces produits sont reconnaissahles à l'odeur de chlore qu'ils dégagent.

Ce sont des désinfectants extrêmement intéressants car:

 

- Ils sont très puissants (détruisent les bactéries, les spores, les virus, les champignons microscopiques).

- Ils sont généralement très bon marché (à l'achat et à l'utilisation sur le terrain).

- Ils ont une action désodorisante en plus de l'action désinfectante.

- Ils ont un champ d'utilisation très étendu:

 

• désinfection des surfaces, du matériel, des sols, du linge (excepté certains métaux et certains tissus),

• désinfection de l'eau et de tout ce qui est en contact avec l'eau (réservoirs, canalisations...),

• désinfection d'aliments et de tout le matériel en contact avec les aliments,

• désinfection de plaies et muqueuses infectées.

Certains des produits sont indiqués plus particulièrement pour l'une ou l'autre de ces indications mais, en cas de nécessité et moyennant certaines précautions, chacun de ces produits peut servir à toutes ces applications.

Les produits générateurs de chlore nécessitent des précautions particulières lors du transport, du stockage et de l'utilisation et ont une conservation généralement limitée. Mais l'intérêt de certains de ces produits compense largement leurs inconvénients. L'hypochlorite de calcium et surtout le dichloro-isocyanurate de sodium (NaDCC) sont ries désinfectants de choix pour la désinfection générale. La chloramine est un désinfectant de choix pour les soins médicaux.

L'hypochlorite de calcium et le chlorure de chaux sont souvent disponibles localement (se renseigner auprès des responsables de l'eau et de l'assainissement), mais le chlorure de chaux est peu intéressant car il se dégrade très vite et les solutions donnent un dépôt important.

Le dichloro-isocyanurate de sodium (ou NaDCC ou dichloro-s-triazine-trione sadique) doit généralement être importé, mais, malgré son prix plus élevé, il présente comme avantages très appréciables sur l'hypochlorite de calcium une stabilité bien meilleure, une solubilité totale et un pouvoir corrosif moindre. De plus, il n'est pas soumis aux réglementations IATA pour le transport aérien de substances corrosives, contrairement à l'hypochlorite de calcium.

L'acide trichloro-isocyanurique (ATCC ou trichloro-s-triazine-trione) est peu soluble et pour cette raison, il n'est intéressant que pour certaines utilisations particulières. On le trouve généralement sous forme de gros comprimés ou galets à placer dans des flotteurs pour le maintien du taux de chlore dans les eaux de piscine.

La chloramine T (tosylchloramide sodique) peut être approvisionnée par le circuit des médicaments.

Des solutions d'hypochlorite de sodium (eau de Javel) sont souvent disponibles localement, mais il convient d'être très méfiant à l'égard de ces produits en raison de leur très mauvaise stabilité. Par ailleurs, leur importation est à exclure formellement en raison du poids.

Les produits générateurs de chlore ne font pas partie de la liste des Médicaments essentiels de l'OMS, mais ils sortent du cadre de cette liste, n'étant pas à proprement parler des médicaments.

CHLORHEXIDINE

La chlorhexidine est un désinfectant intéressant car efficace sur de nombreux germes, non toxique et peu irritant. Mais pour le terrain, la chlorhexidine possède l'inconvénient majeur de devoir être diluée avec de l'eau distillée, sauf si un cosolvant permettant l'utilisation d'eau ordinaire a été inclus dans la formulation du produit concentré. Les risques de recevoir sur le terrain des solutions ne contenant pas de cosolvant amènent à beaucoup de prudence vis à vis du choix de la chlorhexidine. L'association chlorhexidine-cétrimide peut être diluée avec de l'eau ordinaire.

La chlorhexidine fait partie de la liste des Médicaments essentiels de l'OMS; cependant, pour les mêmes indications que la chlorhexidine, la chloramine T (ou tosylchloramide sodique) présente plus d'avantages et est donc pour ce fait retenue de préférence. Toutefois, si la chlorhexidine avec cosolvant (Hibitane®) ou l'association chlorhexidine + cétrimide (HAC® ou Savlon®) est facilement disponible, elle peut être retenue à titre complémentaire.

Des fiches d'utilisation de la chlorhexidine et de l'association chlorhexidine-cétrimide sont données dans le chapitre VI.

DÉRIVÉS MERCURIELS

Outre leur faible pouvoir désinfectant, les dérivés mercuriels possèdent des inconvénients qui font que leur utilisation doit être proscrite. Ils sont toxiques, polluants du milieu et très fréquemment allergisants.

Ils sont à exclure formellement dans une liste si un dérivé iodé tel que la polyvidone iodée est retenu (utilisés sur une même plaie, ils provoqueraient la formation d'iodure de mercure, nécrosant).

Les principaux dérivés mercuriels sont le borate de phénylmercure (Merfen®), le thiomersal (Merthiolate®, Timerosal®), le nitromersal et la mercurescéine (merbromine, mercurochrome). Ce dernier est encore très souvent utilisé bien qu'il soit particulièrement peu efficace.

Aucun dérivé mercuriel n'est inclus dans la liste des Médicaments essentiels de l'OMS.

IODE

L'iode est un désinfectant très puissant qui permet de détruire les bactéries, les virus, les champignons. On l'utilise comme désinfectant à usage médical sous forme de solutions alcooliques (alcools iodés et teinture d'iode) ou sous forme de solution aqueuse de dérivés iodophores (ce qui signifie "qui porte de l'iode") dont le plus connu est la polyvidone iodée.

Les solutions alcooliques d'iode (teinture d'iode, alcool iodé) ont un usage très limité car elles sont très irritantes et allergisantes. De plus, elles se conservent très mal. A la longue, il y a formation d'acide iodhydrique extrêmement irritant. Par ailleurs, dans les récipients mal fermés, l'évaporation de l'alcool, qui peut être rapide dans les pays chauds, fait augmenter la teneur en iode et, de là, le pouvoir irritant et sensibilisant. Les solutions alcooliques d'iode n'ont aucun intérêt sur le terrain.

La solution de polyvidone iodée est beaucoup plus intéressante car elle se conserve beaucoup mieux et est moins irritante que les solutions alcooliques. De plus, elle a un champ d'utilisation beaucoup plus large. Ce produit mérite d'être retenu en raison de son efficacité et de sa polyvalence. Il peut être employé sur le matériel comme sur la peau, les plaies. En utilisation sur la peau, il possède comme avantage de laisser un film antiseptique à action prolongée. Le prix relativement élevé de la polyvidone iodée fait toutefois que son utilisation doit être limitée à certaines indications précises où elle ne peut être remplacée par un produit moins cher, tel que la solution de tosylchloramide sodique.

Une fiche d'utilisation de la polyvidone iodée est donnée dans le chapitre VI.

L'iode fait partie de la liste des Médicaments essentiels de l'OMS (1990) à titre d'exemple de groupe thérapeutique.

PERMANGANATE DE POTASSIUM

Le permanganate de potassium possède comme avantage d'être très peu cher et stable (sous forme sèche), mais ses inconvénients dépassent largement ces avantages (efficacité limitée, dangereux à manipuler et à utiliser).

Sa place n'est pas justifiée dans une situation de réfugiés mais, étant donné que ce produit se rencontre encore fréquemment sur le terrain, une fiche d'utilisation est toutefois donnée au chapitre VI pour éviter les erreurs dangereuses lors de son utilisation.

Le permanganate de potassium ne fait pas partie de la liste des Médicaments essentiels de l'OMS.

PHÉNOLS

Les phénols sont des désinfectants intéressants car ils sont efficaces sur de nombreux germes et relativement bon marché. Ils n'agissent toutefois pas très vite et ne conviennent pas pour:

 

- la désinfection de la peau et des plaies car ils sont, sauf exception, trop irritants;

- la désinfection de tout ce qui est en contact avec les aliments (car la moindre trace donne un très mauvais goût);

- la désinfection de tout ce qui est en contact avec l'eau (car d'infimes traces donnent un très mauvais goût, surtout après chloration). Leur usage est donc réservé à la désinfection des surfaces et des objets.

Il existe de nombreux désinfectants phénoliques de composition différente mais présentant des activités comparables. Il se différencient surtout par leur solubilité dans l'eau et leur pouvoir irritant (par inhalation ou contact sur la peau).

Les principaux sont:

 

- Le phénol qui n'est plus guère utilisé car très cher et très irritant.

- Le crésol (ou crésylol ou acide crésylique) qui est très irritant et relativement peu soluble dans l'eau. Il est avantageusement remplacé par ses dérivés plus solubles: le crésylol sodique et le lysol (qui est une solution savonneuse de crésol).

- Le Crésyl®, le crésylol sodique, la Créoline®, le Lyorthol®, le Sudol®, les "White fluids" sont tous des dérivés phénoliques qui donnent dans l'eau des solutions claires ou des émulsions laiteuses et qui s'emploient de la même manière que le lysol.

- Le chloroxylenol (Dettol®) est un dérivé phénolique beaucoup moins irritant que les autres et qui peut être utilisé pour la désinfection des plaies, mais son prix très élevé le rend peu intéressant (sauf parfois s'il est disponible sur place).

Le dérivé phénolique le plus intéressant en raison de son prix et de sa disponibilité est la solution savonneuse de crésol ou lysol (voir fiche d'utilisation). Il est retenu pour la désinfection générale des objets et des surfaces qui ne peuvent être désinfectés par les solutions chlorées en raison du risque de corrosion.

Les phénols ne font partie de la liste des Médicaments essentiels de l'OMS, mais ils sortent du cadre de cette liste, n'étant pas à proprement parler des médicaments.

VIOLET DE GENTIANE (CHLORURE DE MÉTHYLROSANILINIUM)

Le violet de gentiane est un antiseptique aux propriétés antibactériennes relativement limitées (actif surtout sur les Gram +) et désagréable à manipuler en raison de son caractère colorant.

Il mérite toutefois d'être retenu en raison de ses très bons résultats sur les mycoses et les dermatoses (surtout les dermatoses suintantes).

Ses indications sont assez limitées, mais il est relativement bon marché et se conserve quasi indéfiniment sous forme sèche.

Il fait partie de la liste des Médicaments essentiels de l'OMS (1990).

Une fiche d'utilisation est donnée dans le chapitre VI.

DIVERS

Des antiseptiques bien connus tels que:

 

- l’éosine,
- l'hexachlorophène,
- le nitrate d'argent,
- le peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée concentrée)

sont à exclure pour l'utilisation dans les situations de réfugiés en raison:

 

- soit de leur faible efficacité (éosine),
- soit de leur champ d'utilisation très limité (nitrate d'argent, hexachlorophène),
- soit de leur toxicité (hexachlorophène),
- soit de leur mauvaise conservation (peroxyde d'hydrogène).
to previous section to next section

Please provide your feedback   English  |  French  |  Spanish